Bilan d’un semestre en téléenseignement

Le deuxième semestre universitaire 2020-2021 aura été pour moi une occasion unique de réaliser des enseignements complètement à distance et j’en garderai le souvenir d’une formidable expérience. J’ai en effet pu mettre en pratique une pédagogie utilisant des ordinateurs individuels lors de toutes les séances d’enseignement (CM, TD, TP), luxe inaccessible en enseignement présentiel dans mon UFR.

Travailler à domicile suppose de disposer d’un équipement performant et confortable.

Avantages du télé-enseignement

En période épidémique

En période épidémique, l’enseignement à distance a bien évidemment l’avantage de permettre de travailler sans masque tout en évitant les contaminations. D’ailleurs, à quel degré le port du masque est-il une entrave à l’apprentissage ? À titre personnel, le masque me gêne énormément et perturbe ma concentration. J’ai questionné mes élèves de L2 à ce sujet, dans le cadre d’une enquête anonyme à laquelle 60 personnes (sur un effectif de 100 élèves actifs) ont répondu. Toute les autres statistiques que je présenterai dans ce billet proviennent de cette enquête.

En général

Mais il y a aussi bien d’autres avantages , à la fois en termes de qualité de vie et d’efficacité pédagogique.

Au titre de la qualité de vie,l’enseignement à distance permet notamment :

  • De remplacer les temps de trajet par des activités plus productives et / ou plus épanouissantes.
  • De bénéficier d’un environnement de travail plus agréable.
  • Une plus grande souplesse dans la répartition du temps de travail.
  • Un plus large choix de lieu de vie et de travail.

Sur le plan pédagogique, on peut notamment mentionner :

  • Un environnement de travail plus silencieux. Les enseignements en présence sont souvent pollués par un brouhaha de conversations privées. Le phénomène peut certes être contenu par une attitude autoritaire de la personne enseignante, mais qui peut avoir à mon avis un impact négatif sur la qualité de l’apprentissage.
  • L’accès par tous les élèves à un ordinateur pendant toutes les séances d’enseignement. Ici, le distanciel pallie l’indigence des conditions matérielles de l’enseignement présentiel dans mon UFR.

En effet, comme le montre les statistiques ci-dessous, même dans un parcours d’enseignement spécialisé en informatique, certains élèves ne possèdent pas d’ordinateur portable.

Je pense que les périodes de confinement à poussé beaucoup de personnes à s’équiper, mais pour des raisons d’équité, il est délicat de proposer des activités numériques si un élève sur 5 ne dispose pas d’ordinateur. Le smartphone n’offre pas le même confort d’utilisation. Or la figure ci dessous montre à quel point les élèves sont demandeurs d’activités sur ordinateur.

Les avis sont plus mitigés en ce qui concerne les examens.

Approche pédagogique

Principes

Le principe général qui a été appliqué est celui de la pédagogie différenciée. Chaque personne apprenante suit son propre parcours, à son propre rythme, et choisit ses activités parmi un panel proposé par la personne enseignante en fonction de son niveau d’acquisition des compétences ayant déjà été abordées. Par exemple, un sujet de TD peut se présenter sous la forme d’un arbre de décision.

L’enseignement de déroule de manière asynchrone, favorise l’auto-apprentissage et l’autonomie de la personne apprenante et donne à la personne enseignante le rôle d’un facilitateur et d’un accélérateur d’apprentissage.

Les tests écrits de contrôle continus ont eu lieu en présence, avec droit à l’erreur. La plupart des pools de compétences du programme pédagogique ont été évaluées deux fois et le meilleur des deux scores obtenus a été conservé. L’idée est de s’approcher d’un idéal dans lequel chaque élève peut re-tenter l’évaluation d’une compétence jusqu’à ce quelle soit acquise, sans être pénalisé par ses échecs antérieurs, dans l’esprit de ce qui se pratique par exemple pour le permis de conduire.

Un projet « à la carte », réalisable individuellement ou en binôme sur une durée de trois mois, a été proposé. Il y avait plusieurs parcours possibles, avec des notes maximales différentes, et couvrant des compétences différentes. Chaque parcours comportait plusieurs étapes donnant lieu à des évaluations intermédiaires déterminant les suites possibles. Chaque élève a donc pu choisir le niveau de son investissement en ayant la possibilité de développer ses compétences au mieux de ses possibilités.

Chaque élève avait à tout moment la possibilité de contacter un enseignant pour poser des questions, et lors de certaines séances de TP, l’enseignant initiait une discussion en ligne avec chaque élève pour faire le point sur sa progression et lui donner des conseils.

Outils

Plusieurs ressources en ligne, exploitables pendant les séances d’enseignements et en dehors de ces séances, ont été mises à disposition des élèves. L’accès à ces ressources a été centralisé sous la forme d’un tableau collaboratif créé avec l’application Padlet.

  • QCM et tests d’auto-évaluation de type flashcards, notamment avec l’application wooflash.
  • Fiches d’apprentissage alternant des explications, des exercices de découverte, des exercices d’assimilation et des exercices de consolidation interactifs avec solutions cachées et indices à la demande.
  • Capsules vidéo.

Les capsules vidéo n’étaient pas interactives mais permettaient à l’utilisateur ou l’utilisatrice de faire des poses et de revenir en arrière facilement. D’après des sondages réalisés auprès des élèves, elles ont été nettement moins utilisées que les fiches d’apprentissage qui avaient le même contenu et ont été préférées par plus de 2/3 des répondants.

Constats, résultats et ressentis

Ressenti personnel

L’enseignement à distance m’est apparu comme étant plus agréable et plus confortable que l’enseignement en présence, et m’a surtout permis d’utiliser des outils pédagogiques dont je me prive habituellement en présence par manque d’équipement informatique individuel.

J’ai réalisé un gros travail d’ingénierie pédagogique pour créer du matériel et concevoir des méthodes adaptés à l’enseignement à distance. J’ai le sentiment d’avoir réalisé un enseignement plus efficace et plus équitable que l’enseignement frontal simultané traditionnel. Certes, les élèves n’avaient pas tous les mêmes conditions de travail, mais à mon sens la clé de l’efficacité et de l’équité est la possibilité, pour chaque personne apprenante, de progresser (si elle le souhaite) à son propre rythme, au mieux de ses possibilités.

Un point intéressant est que j’ai constaté que j’avais une propension à enseigner plus lentement à distance que je le fais habituellement en présence, à introduire moins de notions et concepts dans une même séance de cours. Je pense que ce n’est pas une conséquence directe de la posture distancielle, mais que c’est lié au fait que le rythme d’enseignement était déterminé par les élèves plutôt que par l’enseignant. Chaque fiche introduisant une nouvelle notion, méthode, ou éclairage était suivie d’un exercice de découverte qui incitait la personne apprenante à prendre le temps de bien comprendre le contenu de la fiche avant de continuer. Cette pratique limite la quantité d’information proposée à l’assimilation au cours d’une séance de 2 heures, en la faisant coïncider avec la quantité d’information assimilable pendant cette durée. J’ai l’intention de l’utiliser dorénavant y compris en présentiel.

Ressenti des élèves

Plus de 65% des élèves ayant répondu à mon enquête ont considéré que l’enseignement à distance proposé était plus efficace qu’un enseignement à distance synchrone et simultané semblable à celui réalisé traditionnellement en présence.

Jusque là, rien de surprenant. Il parait évident que reproduire à distance des pratiques d’enseignement conçues pour le présentiel n’est pas idéal et constitue une solution d’urgence que beaucoup de collègues ont adopté parce qu’ils ne disposaient pas du temps nécessaire pour faire autrement.

Mais les résultat de la comparaison de l’approche que j’ai utilisée à distance avec un enseignement frontal simultané en présence est particulièrement frappante.

On voit que 48% des répondants on considéré l’enseignement à distance dispensé comme étant plus efficace que l’enseignement traditionnel en présence, et que seulement 14% l’on considéré comme moins efficace.

Les élèves ont également été interrogé sur certains aspects spécifiques de la stratégie pédagogique mise en œuvre. On voit notamment que le fait de pouvoir choisir les ressources et exercices à étudier a été plébiscité par près de 92% des répondants.

Tout comme l’utilisation de ressources numériques par plus de 88% des répondants..

Comme les deux autres enseignant de l’équipe pédagogique, et comme beaucoup d’autres collègues ayant expérimenté cette année l’enseignement en ligne, j’ai trouvé que les séances d’enseignement n’étaient pas suffisamment animées, faute d’une participation active des élèves concernés sur les canaux de communication oraux et écrit mis à leurs disposition. Mais une majorité d’élèves n’a pas été gênée par ce calme apparent.

Une dernière question posée dans mon enquête concernait l’intérêt d’un enseignement comodal hors crise sanitaire.

Il apparait clairement que pouvoir mixer enseignement en présence et à distance intéresse beaucoup d’étudiantes et étudiants.

Vitesse de progression

Tant en utilisant des sondages proposés aux élèves en cours de séance d’enseignement qu’en discutant avec eux en les contactant individuellement sur le canal de communication dédié, j’ai pu constater d’énormes différences entre les vitesses d’étude des fiches de cours et de traitement des exercices associés. Typiquement, à la moitié d’une séance de cours, certains élèves ont étudié de l’ordre de 10% des ressources mises à leur disposition alors que d’autres ont étudié presque l’intégralité de ces ressources, ce qui ne signifie d’ailleurs pas qu’ils en ont bien assimilé le contenu. Je suspecte des écarts encore plus important entre les vitesses d’assimilation.

Résultats

Le taux de réussite des élèves actifs (ceux qui ont rendu le projet et sont venu à au moins un contrôle continu) à la première session d’examen a été de 68%, ce qui correspond à celui observé les années précédente, mais est sensiblement plus élevé que le taux de réussite général du semestre. La note médiane est de 12.5 et la moyenne de 12.4. Environs 2/3 des élèves ont atteint l’objectif pédagogique et 10% l’ont très largement dépassé.

Ces résultat sont incomparables avec ceux de l’année précédente car les examens avaient été réalisé à distance dans des conditions inadaptées et avec un taux de réussite considérablement plus élevé que d’habitude, qui laisse penser que certains élèves reçus ne l’auraient pas été si les examens avaient été en présence. Il sont également difficilement comparables avec ceux des années précédentes car le public était plus large et susceptible de comporter un plus grand nombre d’élèves en difficulté. J’ai le sentiment que, compte tenu des circonstances particulières et des moyens disponibles, il aurait été difficile de faire mieux.

Remerciements

Cette optimisation pédagogique de l’enseignement à distance n’aurait pas été possible sans l’investissement de mes deux collègues Dominique et Amine, notamment dans le suivi et l’évaluation du projet de TP qui a demandé un énorme travail. Je les en remercie.

Je remercie aussi mes étudiantes et étudiants pour leur implication et leurs encouragements.

Exercices avec indices

Dans un contexte d’enseignement de masse, pour permettre à chaque étudiante et chaque étudiant de progresser à son propre rythme, au mieux de ses capacités, il faut proposer à chacun et chacune des exercices d’un niveau adapté. Une approche possible consiste à adapter le niveau de difficulté d’un exercice en fournissant des indices à la demande.

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Un premier cours en téléenseignement

J’ai déjà eu l’occasion d’enseigner à distance lors des précédents confinements, mais sans préparation, au milieu de cours déjà commencés en présence. Cette fois-ci, je commence à distance et j’ai eu un peu de temps pour réfléchir à une pédagogie adaptée.

Ce billet est un retour d’expérience sur le premier cours d’un parcours pédagogique dont tout ou partie des enseignements se feront à distance pendant une période encore indéterminée. Il s’agissait d’un « cours magistral » avec 120 élèves inscrits, et il n’était pas question de reproduire le schéma traditionnel de l’enseignement frontal en amphithéâtre, que j’ai d’ailleurs en partie abandonné depuis longtemps en présence pour raison d’inefficacité.

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Le pari d’un enseignement à distance efficace

Lors du premier confinement de 2020, nous sommes passés en enseignement à distance du jour au lendemain, sans préparation. Un téléenseignement de crise à été improvisé et beaucoup d’enseignants, d’enseignantes, d’étudiants et étudiantes ont dit « ça ne marche pas ». D’aucuns en ont profité pour dézinguer l’idée même de manière assez sentencieuse : « L’enseignement à distance, ça ne fonctionne pas, un point c’est tout ! ».

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Les avantages du téléenseignement

Lors des confinements de 2020, les élèves, les enseignants et les enseignantes se sont retrouvés dans l’obligation de travailler à distance et cela a souvent été perçu comme une contrainte et une dégradation des conditions de travail. Il est est ressorti, dans la communauté enseignante, une sorte de consensus souvent clairement défavorable à ce mode d’enseignement. Mais les circonstances ne se prêtaient pas à une évaluation impartiale. Les enseignants et enseignantes ont dût s’adapter dans l’urgence à une situation complètement nouvelle et beaucoup n’ont pas pu faire mieux que reproduire à distance les pratiques d’enseignement en présence.

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Une mise à jour Mac OS aventureuse

Je possède un iMAC assez récent (2019) qui tournait sous Mac OS Catalina. Le système et les applications étaient installés sur le disque dur interne. J’ai fait plusieurs manipulations qui m’ont conduit à une situation assez critique dont j’ai réussi à me sortir de justesse. Le témoignage de cette expérience pourra peut être être utile à d’autres utilisateurs d’ordinateurs Apple.

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Présentiel, distanciel, hybride, beaucoup de postures possibles

Dans mon UFR, au premier semestre de l’année universitaire 2020-2021, toute forme d’enseignement à distance à d’abord été interdite par la gouvernance locale, puis une posture d’enseignement comodal simultané en demi effectif a été imposée par la gouvernance de l’université et /ou nos autorités de tutelle, et finalement nous avons basculé presque tous les enseignements en distanciel par décision gouvernementale. Nous avons donc pratiqué successivement trois modes d’enseignement différents en quelques semaines et pu constater certains défauts et avantages de chacun d’eux. Mais le nivellement imposé lors des deux premiers épisodes nous a empêché de mettre en place des pédagogies plus souples et peut être plus efficaces.

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Enseigner et apprendre : les fondamentaux

Occasionnellement, j’essaie de faire le point sur le sens et la pertinence de mes pratiques d’enseignement. Voici un résumé de ce que je considère comme essentiel à cet égard en juillet 2020.

Les idéaux

Il faut faire la distinction entre ce qu’on considère comme idéal en matière pédagogique et ce qui est effectivement réalisable au regard des contraintes qui nous sont imposées dans notre activité quotidienne de l’enseignement. Ici, je développe les principes qui, de mon point de vue, devraient être idéalement appliqués. Même s’ils ne sont pas applicables pour des raisons administratives, matérielles, sanitaires ou autres, ils permettent de définir un cap, une direction dans laquelle essayer de faire évoluer les pratiques pédagogiques.

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